Il est difficile d'obtenir ce qu'on veut, y compris
un mauvais temps pour écrire et
jouer l'écrivain maudit, incompris
et un brin barré.
That's Life.
I'm File.
La Semaine dernière, une Semaine anodine, toute fripée
Et qui s'énerve à s'écrire un sens, sur sa chaise de bureau,
A côté de ses copines employées dans
La grande entreprise du Calendrier.
Je suis sur une ch
aise, un f
auteuil et un c
an
apé.
Dans un salon,
une chambre ou
une cuisine.
Bruit d'un nouveau message.
Je
n'aime pas les portables, je
n'aime pas parler à
quelqu'un qui est à des kilomètres, je
n'aime pas ce
constant senti
ment d'infériorité.
Alors,
la plupart du temps, je ne réponds
pas. J'observe mon portable
jurer en une langue constitué de
bips et de sonorités plutôt
incendiaires.
Puis silence. Je me rapproche, le saisit
élégamment et avec
un dédain et une nonchalance envers le monde
qu'on ne peut avoir qu'en vacances et en caleçon.
De : Mère.
"Juliette aurait eu 13 ans aujourd'hui."
Je m'assois. J'ai besoin d'un truc fort.
Être quelqu'un de fort, au moins pour une fois.
Rester digne, même tout seul, réagir bon dieu.
Mais rien. Je reste à regarder, glissant des yeux sur Juliette et
Ses 13 pauvres hypothétiques années.
Juliette, c'est ma soeur. Enfin non,
c'était.
Disons que...
Elle
m'a, elle
nous a laissé seuls parce que
Dieu est arrivé, avec son charter.
Il a regardé ma mère
pleurer et mon père
crier, et il m'a expliqué
calmement que
ma soeur allait grossir
le taux de mortalité infantile française de l'année 1994.
Je ne sais pas ce qui est le plus terrible.
Alterner entre apaisement d'une mort passéeet réveil d'images, des dernières images où elle était en vie, emmitouflée en de blanches couvertures par cette belle nuit.
Ou se sentir coupable.
Je pensais avoir fait à nouveau le deuil de sa mort,
mais je suppose que chaque année,
j'aurais une période de mélancolie, de douleur, de colère et de pleurs
qui n'effleureront jamais mon joli petit carrelage.
Tout comme ma mère l'a, tout comme mon père la cache.
J'aimerais bien crier,
pour une fois.
Foutre un truc en l'air,
jeter mon portable quelque part,
secouer quelqu'un en lui
hurlant de me rappeler, qu'une fois de plus,
bon nombre de gens souffrent de part et d'autre du globe et de leurs émotions et qu'
ils en ont ras la casquette de lire et
d'écouter des types se plaindre
pour deux, pour eux. Mais rien.
L'éternelle impuissance que je me prouve chaque jour,
La seule et l'unique,
La VIP de mes actes et le PV sur ma conscience.
La Guest Star du jour.
Je reste
sombre, quelque
part, chez moi, à revoir ça
en boucle,
encore et
encore, à me
harceler d'images, à me
torturer des larmes de ma mère et du cri
étranglé de mon père. Je revois
Juliette, ce visage qui se
formait, les expressions qu'elle avait, les hoquets qu'elle faisait et la moue que je dessinais,
ex-enfant unique.
Je me prends la tête dans les mains, j'observe les
rayures, les
rainures, et toute
la complexité géologique que peut représenter un sol carrelé. Je suis
creux. Mon existence change de statut,
je suis statue.
Fissuré et au coeur de pierre, la pluie des années qui passent n'érode en rien
cet instant.
C'en est sublime, un roc qui se déchire momentanément, et
qui se ment depuis des années à chaque moment.
Je relève la tête.
Je suis devant mon PC
il ronfle comme un gros chaton cybernétique.
Je planque mes soucis une seconde à côté des cookies,
Et regarde ce que je pourrais faire. Je pourrais, je pourrais...Non.
Je pourris.
MSN, en discuter ? Et réentendre
les mêmes paroles désolées de gens qui ne savent jamais comment s'y prendre mais juste se
méprendre.
Un face à face avec l'un des parents ? Les voir s'épuiser au travail au fil des jours
me suffit pour
éviter de déclencher toute discussion.
Parler avec Aurélie ? J'avoue, j'ai eu un doute.
Un gros, un énorme doute. Ceux qui sont comme
des marques pages, qui reviendront d'ors et déjà régulièrement. Le sentiment de confiance malgré nous qui
pourrait s'installer vis à vis d'une personne.
Pourquoi elle ? Parce que c'est elle,
justement, parce qu'être avec elle me
bouscule, me fragilise et me fait soudainement
douter de la force de mon orgueil
quand je la regarde.
Mais non. Pas elle. Pourquoi ? Parce que je n'ai pas son numéro.
.
C'est ce genre de détail qui détermine une conduite, une façon de réagir. Qui sait ce que j'aurais pu lui dire, ce que j'aurais pu faire, ce que j'aurais pu pleurer, si j'avais son numéro.
Mais le destin et les opérateurs mobiles en ont décidé autrement.
Je passe ma main dans mes cheveux, histoire d'essayer d'enlever quelque chose,
n'importe quoi, mais qu'au moins je puisse avoir l'impression d'être
un peu plus léger.
Puis elle apparait.
Valentine,
la seconde,
la cadette,
la soeur d'après,
l' "
autre",
pourrait-on dire péjorativement. Celle que mes parents ont conçu pour
surmonter une perte.
La création parmi les décombres,
le cri parmi la gêne et
la vie parmi
nous qui étions si morts.
Mon père et ma mère ont du se séparer pour vivre mieux, et m'ont laissé la garde à plein temps de cette fille, cette soeur, ce brin de sang et d'amour, qui me suit depuis bientôt 12 ans.
Je suis un grand frère. Je suis supposé avoir des
responsabilités morales. Montrer l'exemple, être
fort, endurer
devant elle, défendre, protéger et
être à ses côtés.
J'ai du le faire, je pense le faire
quelquefois aujourd'hui. Mais
l'important n'est pas là. Je
m'aperçois de plus en plus que
c'est à elle que j'
expose le plus de
sentiments, de
faiblesses.
Elle, sa vie,
la façon dont elle existe, les larmes que je m'
autorise à verser, ses rires,
sa timidité, son isolement,
sa déchirure,
son silence, son regard
triste, son inertie,
son silence,
sa tête posée sur mon épaule, les souffrances qu'elle réveille en moi,
son silence, Juliette, son silence, son silence, son silence...
Comme si ce que nous étions la dégoutait, l'effrayait, l'alourdissait et la plongeait dans une eau tiède, moite, troublée tellement elle est limpide d'un constat enfantin.
Elle se tient, devant moi, un peu potelée,
L'air un peu ailleurs, absorbée encore par ses Sims.
Elle me dit qu'y s'rait p't'être temps d'manger parce qu'il est midi et d'mi passé.
Et elle s'en va, de sa petite démarche aléatoire et qui me rappelle ses jeunes années.
Et je ne sais plus.
Non, vraiment. Je suis cerné de vieux démons et de jeunes anges.
J'ai des squelettes dans l'placard, entre les affaires de ski et une boule de billard.
Je suis le passéiste rêveur d'un après déjà révolu, d'un avant pas encore amorcé et
D'un présent qui cherche encore le poisson d'Avril dans son dos.
Je mélange les "tant",
décochant des hyperboles,
Tirant des métaphores et allant jusqu'à
Faire sauter la structure textuelle,
histoire de voir ce qui subsiste et ce qui désiste,
Parmi pleurs et leurres.
La Semaine s'est écoulée, m'envoyant
régulièrement des séquences morbides, des trucs qui prennent aux
tripes et qui n'en démordent pas,
dents démentes des mantes charognardes, suçant abondamment
les lettres-boyaux, les mots-intestin et la phrase-estomac.
J'en perd le foie, la foi, ma foi, mon foyer devenu charpie et qui tombe en morceaux, tout ça en un brouhaha fouillis qui ravit la Semaine, future Employée du Mois.
Je ne mange plus trop.
Je visionne,
revisionne, fait des pauses et écoute attentivement les bribes de conversation. Mais la mort est
toujours là, omniprésente,
jouant au hochet avec ma soeur et me regardant avec
un sourire crapuleux et sincère, moi qui ai 4 ans et
une gueule d'ange que seuls les enfants conservent.
Les jours défilent, je me défile, je tiens à avoir une conclusion,
Alors autant continuer la flagellation entre un flageolet et une autre collation.
Entretemps,
d'autres soucis,
d'autres craintes,
d'autres doutes refont leur apparition.
Me caressant la joue,
me mordant l'oreille, s'y
infiltrant et
découlant doucement, tout doucement,
faisant du canoë-kayak dans les lymphes de ma mémoire et de mon expérience,
slidant entre les rocailles d'émotion et les
tourbillons de sensations pour finalement exploser lors des rapides finals.
Les déflagrations mentales, les embrasements nerveux et le dégout de mon propre esprit,
ce n'est pas nouveau.
L'air pensif, je caresse ma barbe,
histoire de voir si j'y ai pas laissé tomber quelque chose d'important.
Quelquefois,
sur MSN, je rencontre
des gens bien, d'autres moins bien. Mais
tous ont des soucis, chacun a son "
magma perso" dans lequel
il bouillonne. La moindre des choses est d'aider ceux qui ont
la dignité d'accepter de l'aide.
Qu'importe qu'ils soient redevables ou pas, l'essentiel est que leur conscience soit allégée,
façon yaourt 0%, et que la mienne soit soulagée,
façon toilettes.
Il y a un jour ou quatre, je ne sais plus, j'ai accompagné
l'une de mes familles recomposées voir le bébé d'une de leurs amies.
J'appréhendais. Je fus catapulté parmi des gens que je n'avais
absolument pas envie de voir, où ça parlotait grassement et en bon français à tel point que je ne fus
même pas tenté d'entrer en contact avec eux.
Voir un ado,
encore un gosse, faire
des yeux de rage et de chagrin, ça amuse, surtout quand on parle des essences persos qu'on se concocte, chacun dans son coin, pour
économiser.
Je ne tenais plus, j'aurais aimé
foutre un poing dans leur
ventre oisif et flasque, ou dans les
vieilles poitrines d'harpies qui na valaient pas mieux, ou encore dans la
tête de leurs chiens, qui
grognaient, qui
aboyaient, qui
jappaient comme un gospel hostile et canin.
Les voix hybrides de tout ces gens résonnaient dans mon coeur,
assez vide d'ailleurs vu l'écho,
dans ma tête et entamaient un karaoké dans mon poumon.
Je me levais, pour aller sans partir.
Créer d'la destruction,
Frapper du poing,
Trainer la patte et
Trouver un endroit où je puisse fulminer sans déranger ni blesser.
Quand tout
d'un coup, j'entraperçus par la baie vitrée le bébé,
le fameux. Le ventripotent, le grassouillet,
le rosé. Ou plutôt
La.
C'était une petite fille.
Elle était belle, à vrai dire.
Comme le sont tous les enfants dans les bras de leur mère. Oui,
elle était belle. Ses joues de
pêches, ses vêtements qui la rendaient toute
bouffie, ses cris de bébés qui réclament le sein.
Je crois être un type qui a un instinct maternel.
(sourire)
J'ai déjà réfléchi aux enfants que j'aimerais avoir, leurs prénoms, et ce que je leur apprendrais en toute première chose.
Ca me rassure d'être niais comme ça, quelquefois.
Ca prouve bien que quelquefois, je fais passer les choses dans le bon ordre.
Je continue de regarder fixement l'enfant.
Néanmoins je continue de reculer doucement.
Je viens de comprendre pourquoi,
Même si j'aurais aimé ne pas le savoir.
Ce bébé me fait penser à Juliette, du moins les souvenirs que j'en ai.
Je sais aussi que j'ai
souvent associé des personnes de
l'âge qu'elle devait avoir, à elle.
Parce que
dans mon esprit, elle doit
continuer à vivre.
C'est la vie, c'est la mort, et c'est surtout injuste. Parce que je fais
revivre un instant son existence dans
le visage d'une autre, c'est par
pur amour, par
pur désespoir de
cette peine qui se traine comme un sac de courses un vendredi soir,
un putain de vendredi soir.
Je me détourne.
Je fuis.
Je pars.
Je vais ailleurs.
J'ai mal, j'ai
si mal.
Je fais du
ski nautique dans mon magma perso,
Et des smileys dans
les cendres des espoirs désespérés.
On revient. Je suis sermonné. Mauvaise conduite, muet et n'ayant même pas touché le bébé. Comment aurais-je pu
l'effleurer, cette petite fille, sans finir ma folie
dans un oxyde de paroxysme.
Elle s'est endormie.
Son sommeil n'est jamais fait d'aucun rêve, et
son éveil est insondable.
Elle est bien ma soeur tout comme je tiens d'elle.
Il y a peu, ou
depuis quelques temps. C'était
un de ces jours où il y a un "
di", dedans, où on se
di que peu de choses sont
discernables et que minuit pourrait être mi
di. Où plutôt une de ces nuits, qui
nuit à la clarté déjà ombrée de la situation.
On s'asseoit devant son poste, on regarde quelques films, on écoute quelques morceaux, dans un quelconque espoir que l'un de nos bouts d'être y soit resté collé à la dernière écoute.
On est seul, dans une bien grande chambre.
Tellement seul, qu'on préfèrerait que ce soit le mur qui se couche.
Puis il y a une petite fille,
une petite soeur,
un petit repère, qui arrive
timidement avec une
faible voix. Et quand elle parle, on
sursaute, on étouffe
un bref sentiment de tristesse, tant sa voix a l'air
cassée et son être
brisé quand le voile nocturne fait la lumière sur nous, vous, ils.
Elle n'arrive pas à dormir,
Elle veut voir un film,
Chercher un bout d'elle là-dedans, elle aussi.
On est fatigué, mais on l'attendait,
On a tant désiré qu'elle reste un peu à vos côtés,
Alors on dit oui,
Comme seul le dit un grand frère.
Elle regarde le film, vous la regardez. Vous la regardez, car, dans la vie de tous les jours,
plus personne ne se regarde, sauf les amants.
Vous la dévisagez et vous avez le coeur
gonflé, et vous aimeriez dire
quelque chose, mais elle rigole d'un gag dans le film. alors vous vous contentez de
passer votre main dans ses cheveux un brin bouclés.
Et vous aimeriez pleurer., mais vous ne le faites pas
Quand le film est terminé, vous savez
pertinemment ce qu'elle va vous proposer, mais vous la laissez vous dire "
Dis, j'ai un truc à te demander, est-ce que tu voudrais bien..."
Et vous lui laissez votre lit,
Tandis que vous vous installez
piteusement au sol,
Qui a l'air d'un coussin tant
l'onctuosité du moment est majestueuse.
Une fois blottie dans vos couettes, comme si vous la serriez de toute une passion,
Vous déposez
un baiser sur son front et
elle ferme les yeux,
Comme si c'était le dernier des sacrements.
Et là vous ne savez plus vraiment comment réagir,
vous ne savez plus s'il vous faut pleurer, crier de rage ou vous arracher les cheveux.
Vous comprenez simplement que vous l'aimez,
Que ça fait tellement mal, que c'est tellement bien.
Les mots manquent.
Je m'accoude à ma fenêtre, et
une brise égyptienne de ma conjointe illégale me parvient.
A ce moment-là aussi, j'aurais eu besoin d'elle.
Mais les besoins sont faits pour rester insatisfaits. Je me prends
calmement la tête dans les mains, et me murmure
doucement quelques vers,
quelques rimes,
quelques poèmes faits sur le fil.
Ma soeur ne sait
pas, n'a
jamais su, et ne devra
jamais savoir, ce à quoi j'ai
renoncé pour elle. Ce que j'ai
continué pour elle. J'ai
continué à vivre en des moments où j'avais
un choix plus que fait. J'ai
continué à écrire uniquement pour elle, car elle est
la seule qui ait réussi à me convaincre. Je veux
continuer nos éducations, car, en 3 ans et demi,
ce n'est au fond qu'avec nos sentiments rongés et nos baluchons qu'on a grandi. Je veux qu'elle vive, quitte à en mourir.
Je veux qu'elle aime, qu'elle serre dans ses bras et qu'elle attende de quelqu'un tout ce que j'aurais aimé avoir. Car j'aurais tellement aimé que...
Que.
Qu'eux.
Je m'étais juré que je ne pleurerais pas.
Mais apparemment, j'ai mes limites.
Je suis seul, je suis ensemble.
Elle aurait eu 13 ans.
Elle va avoir 12 ans.
Je n'ai plus besoin d'aide. Plus maintenant.
Avant j'étais l'élève. Maintenant je suis le recalé.
That's life.
Non,
tout ce dont j'ai besoin, c'est d'
une brise égyptienne, qui me
souffle et me balaie lorsque ses yeux m'éveillent.
J'ai besoin d'elle pour tenir, pour
m'écrouler un peu plus proprement que les autres fois.
J'ignore. La suite, demain, hier et pas mal de choses. J'ignore.
Il n'y a plus de certitudes, juste des Semaines.
Il n'y a plus de Juliette, il n'y a que des épines, des cactus entiers et j'ai le cul en plein dedans.
Il a plu sur mon bureau.
Et mes lettres s'y noient.
Teckhell.